La musique a toujours été présente dans ma vie.
Bien avant de devenir artiste.
Bien avant d’écrire mes propres chansons.
Bien avant même de comprendre ce que je traversais.
Lorsque l’on vit des violences dans l’enfance, il est parfois difficile de mettre des mots sur ce que l’on ressent. On ressent la peur. La honte. La colère. La tristesse.
Mais souvent, on ne dispose pas encore du vocabulaire nécessaire pour comprendre ces émotions. La musique, elle, n’a pas besoin d’explications. Elle parle directement au cœur.
Pendant longtemps, les chansons ont été pour moi un refuge.
Un endroit où je pouvais ressentir des émotions sans avoir à les justifier.
Un endroit où je pouvais pleurer sans avoir à expliquer pourquoi.
Un endroit où je pouvais rêver à autre chose.
La musique a cette capacité extraordinaire de nous faire sentir moins seuls.
Lorsqu’une chanson raconte exactement ce que nous vivons, nous découvrons soudain que quelqu’un, quelque part, comprend.
Cette sensation est précieuse.
Elle peut parfois faire toute la différence.
Avec le temps, je ne me suis plus contentée d’écouter la musique.
J’ai commencé à écrire.
Et l’écriture a changé beaucoup de choses.
Parce qu’écrire une chanson, c’est reprendre un peu de pouvoir sur son histoire.
C’est choisir les mots.
Choisir le récit.
Choisir ce que l’on décide de transmettre.
Les événements que nous subissons nous échappent.
Mais ce que nous créons à partir de ces événements nous appartient.
C’est sans doute pour cela que la création artistique est si souvent liée à la résilience.
Créer ne fait pas disparaître la souffrance.
Créer permet de lui donner un sens.
De la transformer.
De la faire circuler.
Aujourd’hui encore, chaque chanson que j’écris est une manière de continuer ce dialogue avec mon histoire.
Je ne cherche pas à revivre le passé.
Je cherche à comprendre ce qu’il m’a appris.
Je cherche à transformer les blessures en mouvement.
À travers mes chansons, je souhaite également transmettre un message.
Celui que nous sommes toujours plus grands que ce que nous avons subi.
Nous ne sommes pas nos traumatismes.
Nous ne sommes pas nos blessures.
Nous sommes aussi nos rêves.
Nos créations.
Nos choix.
Nos élans.
La musique m’a aidée à survivre.
Puis elle m’a aidée à vivre.
Aujourd’hui, elle m’aide à transmettre.
Et si certaines de mes chansons permettent à d’autres personnes de se sentir un peu moins seules, alors elles ont déjà rempli leur mission.
Ana.


