C’est une question qui revient souvent lorsque des témoignages de violences émergent.
Pourquoi n’avoir rien dit plus tôt ?
Pourquoi avoir attendu dix ans, vingt ans, parfois davantage ?
Pour beaucoup de personnes qui n’ont jamais vécu ce type de situation, ce silence peut sembler incompréhensible.
Pourtant, lorsqu’on s’intéresse à la réalité des victimes, il apparaît comme l’une des conséquences les plus fréquentes des violences.
Le silence n’est pas un choix.
C’est souvent un mécanisme de survie.
Lorsqu’un enfant est confronté à une situation qu’il ne peut ni comprendre ni contrôler, son cerveau cherche avant tout à le protéger.
Parler peut sembler impossible.
Par peur de ne pas être cru.
Par peur des conséquences.
Par peur de perdre ceux que l’on aime.
Par peur de revivre ce qui s’est passé.
À cela s’ajoute souvent la honte.
Une honte qui ne devrait jamais appartenir aux victimes mais qui, malheureusement, les accompagne fréquemment pendant des années.
Certaines personnes grandissent ainsi avec la conviction qu’elles doivent porter seules leur histoire.
Elles apprennent à fonctionner.
À avancer.
À étudier.
À travailler.
À construire leur vie.
Tout en gardant une partie d’elles enfermée dans le silence.
Et puis un jour, quelque chose change.
Une rencontre.
Une thérapie.
Un livre.
Une chanson.
Un événement.
Parfois simplement l’épuisement de porter ce secret.
La parole devient alors possible.
Pas parce que les faits sont moins graves.
Mais parce que la personne est enfin suffisamment en sécurité pour les regarder en face.
Aujourd’hui, nous comprenons mieux que le délai d’un témoignage ne remet absolument pas en cause sa crédibilité. Au contraire. Il raconte souvent l’ampleur de ce qu’il a fallu traverser avant de pouvoir parler.
Si vous avez gardé le silence pendant des années, sachez une chose :
Votre parole a la même valeur aujourd’hui qu’elle en aurait eu hier.
Le temps n’enlève rien à la réalité de ce que vous avez vécu.
Et il n’est jamais trop tard pour reprendre votre voix.
Ana.

