Cet article est adapté du deuxième épisode de mon podcast « L’Art de la Résilience », dans lequel je raconte mon histoire et mon parcours de reconstruction.
Le bain
TW // Attention, cet épisode est difficile :
Cet épisode relate des agressions sexuelles et des viols.
Mon premier souvenir d’agression sexuelle
Du plus loin que je me souvienne, cela a commencé dans un bain.
C’est sympa, un bain. C’est chaud, réconfortant, doux. On s’y prélasse, on y joue. Cela est censé nous détendre.
Mais mon père en a décidé autrement : il a vu dans ce bain une première façon de souiller mon innocence.Cela commence par son peignoir qui s’ouvre et tombe, laissant apparaître son sexe. Quel hasard ! Évidemment, mon regard se porte dessus, car je suis intriguée, curieuse comme une enfant peut l’être.
Mon père y voit autre chose : une curiosité sexuelle et une invitation au partage d’une chose que je n’ai pas sollicitée et pour laquelle je ne saurais être demandeuse.
Il me demande : « Qu’est-ce que tu regardes ? »
Je lui réponds « rien », gênée.
« Cela te plaît ? » me dit-il en souriant.
Lors de ce même bain, il me lave. Mais pour lui, laver les parties intimes nécessite de trifouiller dedans. C’est bizarre, maman ne fait pas ça. D’ailleurs je m’interroge…”Maman ne saurait-elle pas bien me laver ?” pensais-je.
Puis j’ai mal. Très mal.
Car « papa » a décidé de me laver les fesses et plonge vigoureusement un doigt dans mon anus. Je crie et lui dis : « J’ai mal ! »
« C’est rien, il faut bien nettoyer de l’intérieur », me répondra-t-il avec assurance.
C’est grave. Je viens de subir une agression, un viol. De surcroît par mon géniteur. C’est interdit, c’est illégal. Il n’avait pas le droit.
Il s’agit du plus lointain souvenir que j’ai. Il est bien ancré. Peut-être y a-t-il eu d’autres agressions ou viols avant. Je ne sais pas.
Ah oui, j’oubliais. J’ai 5 ans lorsque cela se produit. Ou 6. Je ne sais plus. Je suis mineure, je suis une enfant, son enfant.
Plus je grandis, plus les violences évoluent
Toutes ces horreurs n’auront de cesse de grandir et d’évoluer au fur et à mesure : plus je grandis, plus mon corps se développe et plus mon père me soumet à des sévices sexuels tordus.
Les pénétrations digitales évoluent en pénétration pénienne, orale, anale puis vaginale.
Mon père ne prend aucune précaution alors que mes règles commencent vers mes 11 ans.
J’ignore tout de ce qu’il m’arrive. Je sais juste que cela n’est pas normal, car « c’est un secret » et « papa risque d’aller en prison si j’en parle ».
Alors je me tais.
À 12 ans, j’apprends dans la cour d’école ce que veut dire le verbe « violer ». Des camarades ont lu un article au sujet d’une jeune femme dans le journal. Je tombe des nues. C’est ce que je vis au quotidien. Ça a donc un nom… violer.
C’est marrant, parce que mon cerveau fera pendant longtemps un blocage sur ce mot : je le confonds avec « voler » et je ne l’intègre pas facilement dans mon esprit. J’évite ainsi de me confronter à ma dure réalité.
Les gens de ma classe ont l’air de savoir beaucoup de choses sur le sujet, là où moi je suis totalement à la ramasse.
C’est en 5ème que j’apprends que le sperme s’écoule également par le pénis des hommes. Jusqu’alors, j’avais toujours cru que c’était de l’urine que mon père me contraignait à avaler en appuyant sur ma tête lors des fellations qu’il m’imposait.
L’inceste : un mot qui dérange
Je sais que ce que je raconte est dur. J’imagine la tête que tu tires en ce moment. Je ne fais pas cela pour provoquer du trauma, mais pour permettre de nommer la réalité de ce que j’ai vécu, qui malheureusement concernent bien plus de personnes que nous ne voudrions l’admettre.
« Nous l’avons vécu, vous pouvez bien l’entendre. »
C’est une phrase que j’ai entendue par le biais d’une vidéo de Noémie De Lattre, si je ne me trompe pas. Je la trouve très puissante et très vraie. Elle replace le débat au centre.
Oui, c’est dur. C’est insoutenable même. Au point qu’on ne veut même pas en parler. C’est tabou !
Or, cela porte un nom.
L’inceste.
Il est chiant, ce mot… Il dérange. Il est moche. Il évoque des images insoutenables. L’aversion sociale qu’il suggère et implique le nourrit indubitablement.
Je ne suis pas là pour quérir de la pitié, mais plutôt de l’écoute et une forme d’ouverture d’esprit sur le fait que ce drame touche actuellement des gens que nous connaissons, que nous le voulions ou non.
Et on aura beau fermer les yeux et faire l’autruche aussi longtemps que l’on veut, cela ne changera rien à la situation.
Enfin si… Cela continuera d’invisibiliser ce fléau et de créditer les agresseurs.
Des enfants sont violés toutes les heures
En France, les chiffres sont effarants : 18 enfants sont violés chaque heure qui s’écoule. Ce qui revient à 1 toutes les 4 minutes.
J’ai de la peine pour ces enfants.
J’ai eu de la chance : je m’en suis sortie. Et je témoigne aujourd’hui en espérant que ce fléau cesse à tout jamais.
« Je te crois » : une phrase essentielle
Je m’en suis sortie parce que des personnes m’ont crue. En premier lieu, ma famille et mes amis, mais également des professionnels du monde médical, les forces de l’ordre et mon avocate.
Dire « je te crois » à une victime est essentiel.
C’est pour cela que j’ai dédié une chanson complète à ce sujet. Il me tenait à cœur d’écrire cette chanson pour parler de ce fléau et soutenir les victimes.
Ma chanson “Je te crois” est disponible sur toutes les plateformes de streaming musical, ainsi que le clip sur ma chaîne YouTube.
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