Pendant longtemps, j’ai cru qu’il existait un âge idéal pour devenir soi. Un âge où tout devait commencer, où il fallait avoir fait les bonnes rencontres, pris les bonnes décisions, trouvé sa voie… Comme si les rêves avaient, eux aussi, une date limite.

Et puis j’ai compris que la vie ne fonctionnait pas comme ça.

Je n’ai pas commencé la musique à 20 ans. Je n’ai pas non plus décidé, du jour au lendemain, de tout quitter pour devenir artiste. Ma vie professionnelle a toujours existé, et elle existe toujours aujourd’hui. J’ai un métier, des responsabilités, une vie de famille, un quotidien qui ne s’arrête pas parce que j’écris une chanson ou que je monte sur scène.

Pendant longtemps, j’ai pourtant eu tendance à séparer les choses. Il y avait Ana dans sa vie professionnelle, et Ana dans la musique. Comme s’il fallait choisir une case, comme si être pleinement artiste impliquait forcément de renoncer au reste.

Avec le temps, j’ai compris que ce qui me ressemble vraiment, c’est justement de ne pas avoir à choisir.

Je suis la même personne dans mon travail, dans ma vie de maman, dans mes engagements et lorsque j’écris ou que je chante. Toutes ces expériences nourrissent la même personne. Elles influencent ma façon de voir le monde, de créer, de prendre des décisions et de raconter ce que j’ai à raconter.

Alors oui, commencer un projet artistique après 30 ans demande de trouver du temps autrement. Il faut composer avec les contraintes, les responsabilités, la fatigue parfois. Il faut aussi accepter de ne pas avancer à la même vitesse que quelqu’un qui peut consacrer toute sa vie à son projet artistique.

Mais je crois aussi que l’on crée avec tout ce que l’on a vécu. Avec nos expériences, nos doutes, nos rencontres, nos erreurs, nos prises de conscience. Et ça, aucune école ni aucun âge idéal ne peut nous l’apprendre à notre place.

Aujourd’hui, je ne cherche plus à savoir si je suis « arrivée à temps ». Je crée parce que j’en ai besoin, parce que certaines choses ont besoin de sortir de moi et de prendre une autre forme. Et je n’ai pas besoin de renier les autres parties de ma vie pour être légitime dans celle-ci.

Peut-être que c’est aussi ça, finalement, devenir artiste : arrêter de chercher à correspondre à l’image que l’on se fait d’un artiste et accepter de créer avec la personne que l’on est réellement.

Alors si vous avez un projet, une envie, un rêve que vous repoussez parce que vous pensez qu’il est trop tard, peut-être que vous pouvez simplement commencer.

Pas forcément tout changer. Pas forcément tout quitter. Juste commencer.

Il n’y a peut-être pas d’âge idéal pour devenir artiste. Il y a surtout le moment où l’on décide de faire une place à cette partie de soi, sans avoir besoin de renoncer à tout le reste.